Café du Savoir

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Deux nations, une île : pourquoi Haïti et la République Dominicaine évoluent différemment?

Par: Eddyson ALTÉNÉ

L’île d’Haïti est située dans le bassin de la Caraïbe. Elle est divisée en deux Républiques : la République d’Haïti occupant la partie ouest de l’île, et la République Dominicaine, deuxième île des Grandes Antilles, qui elle, occupe la partie est. Néanmoins, ces deux pays partageant pourtant la même île, présentent des disparités non seulement du point de vue économique mais également en termes de développement. En effet ,les inégalités ne sont pas seulement des chiffres, elles se traduisent par des réalités vécues au quotidien, où certains jouissent d’un confort matériel tandis que d’autres luttent pour satisfaire leurs besoins fondamentaux. À cet effet, l’une des mesures les plus souvent utilisées pour comparer les économies est le revenu par habitant. Ce chiffre, bien que éloquent, ne suffit pas à expliquer pourquoi ces différences persistent. Il est le reflet de nombreuses variables interdépendantes qui influencent le développement économique d’un pays. Il serait donc essentiel d’aller au-delà des simples statistiques pour comprendre les mécanismes sous-jacents qui conduisent à ces écarts. Néanmoins, nous allons porter notre analyse principalement sur des variables à caractère économique pour essayer d’expliquer les écarts observés entre ces deux pays.

Brève présentation de la République d’Haïti ;

Selon la Banque Mondiale, Haïti est le pays le plus pauvre de la Caraïbe, de l’Amérique latine et également l’un des plus pauvres du monde. Avec un Indice de Développement Humain (IDH) moyen de 0,552, elle occupe selon les indicateurs des Nations-Unies publié en Mars 2024, la 158ème place sur 193 pays.

● Situation géographique ;

Haïti a une superficie de 27750 km2, constitué à 80% de montagnes avec des reliefs très accidentés ; seule ¼ du territoire est constitué de plaines côtières. Le pays est divisé en 10 départements qui sont divisés en arrondissements, communes et sections communales. Sa capitale est Port-au-Prince. En Haïti, deux langues sont reconnues en vertu de la constitution de 1987 : le créole et le français.

● Situation démographique ;

Des enquêtes démographiques ont été menées en Haïti. Elles portaient principalement sur la fécondité, la santé et le dernier recensement en Haïti a été réalisé en 2003. Néanmoins, selon les données de la Banque Mondiale, la population haïtienne est estimée à 11 772 557 habitants en 2024, avec un taux  de croissance annuelle de 1,2 % et une  densité de 415,37 habitants au km2. La population est jeune avec 63% (2023)  de la population totale ont des âges compris entre 15-64 ans ; la population âgée de 65 ans et plus, ne représente que 4,6% de la population totale. Toutefois, en raison de l’insécurité persistante, les troubles socio-politiques dans le pays au cours des dernières décennies, de nombreuses personnes ont quitté le pays, ce qui accentue l’émigration. Ainsi, la migration nette en 2023 est estimée à – 3 181 100 d’habitants. Ce qui illustre les déplacements massifs de jeunes laissant le pays.

● Situation économique ;

Haïti est considéré comme un pays essentiellement agricole. Cependant, l’agriculture qui représentait 29,74% du PIB en 1990, ne représentait que 15,9% du PIB en 2024. Le secteur industriel est peu développé alors que le secteur tertiaire représenté par les petits commerces est passé à 47,8% du PIB en 2023 alors qu’il ne représentait que moins 5% du PIB dans les années 1800 (Bénédicte Paul) bien que ce chiffre soit en déclin depuis  2019. En dépit de ces évolutions dans le secteur tertiaire, le  taux de croissance (2019-2025)  du pays est, selon la Banque Mondiale, vers une 7e année de récession économique, enregistrant une contraction cumulée de plus de 16 % du PIB, soit une perte de richesse estimée à plus de 106 milliards de gourdes (IHSI, Banque mondiale). Le taux de chômage est particulièrement élevé avec 14,6% de la population  en situation de chômage (2024) ; un taux d’inflation à deux chiffres, soit 26,9% annuel. Haïti est le pays le plus pauvre des Caraïbes avec un PIB par tête estimé à 2142,6 $ US courant.

● Situation politique ;

En Haïti, le régime politique est celui d’une République de type présidentiel. À cet effet, le pays se trouve dans une instabilité politique depuis quelques temps. En effet, depuis l’assassinat du Président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, le gouvernement d’Ariel Henry, premier ministre à l’époque, a pris le contrôle du pouvoir, ensuite, après des mouvements de protestation, en particulier, les mouvements des gangs armées ; ce gouvernement fût remplacé par un Conseil Présidentiel de Transition (CPT) formé le 12 avril 2024 et installé le 25 Avril 2024. Ce conseil est composé de 9 membres dont 7 membres avec droit de vote et 2 observateurs sans droit de vote (article 3.- ). Le CPT à pour mission de transférer le pouvoir à des élus le 7 février 2026, mais aussi d’autoriser le déploiement de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité afin de remettre le pays sur la voie de la dignité , de la légitimité démocratique , de la stabilité et de la souveraineté et à s’assurer du bon fonctionnement des institutions de l’État (article 2.-). Le CPT est régi par le décret du 27 mai 2014 déterminant l’organisation et le mode de fonctionnement du Conseil Présidentiel de Transition. Ce document prévoit une présidence rotative, de plus, les décisions sont prises à la majorité de 5 sur 7. Toutefois, son mandat est arrivé à terme le 7 février 2026 et la crise demeure. Actuellement, le Premier ministre (démissionnaire) Alix Didier Fils-Aimé est à la fois à la tête de la Présidence mais aussi de la Primature.

Brève présentation de la République Dominicaine ;

La République dominicaine est le deuxième plus grand pays des Caraïbes. Elle est classée parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et fait partie des petits États insulaires en développement. En 2022, elle était classée au 82ème rang selon le rapport du PNUD, avec un Indice de Développement Humain( IDH) de 0,766.

● Situation géographique ;

La République Dominicaine a selon la Banque Mondiale, une superficie de 48 670 km² et occupe la partie Est de l’île d’Haïti. Sa capitale est Santo Domingo, sa langue officielle est l’espagnol. Le pays est divisé en  31 provinces et un District National, et les villes principales sont Santiago de los Caballeros, La Romana, San Pedro de Macorís, Puerto Plata.

● Situation démographique ;

Selon les données de la Banque Mondiale, la population dominicaine est estimée à 11 427 557 habitants en 2024, avec un taux de croissance annuelle de 0,8%. En ce qui a trait aux déplacements( migration), le pays affiche une migration nette de -34 806 habitants en 2024.  La République dominicaine est un pays d’origine, de transit et de destination pour les migrants. En effet, une grande partie  des Dominicains vivent à l’étranger une partie des résidents du pays sont d’origine étrangère.

● Situation économique ; 

La République Dominicaine, au cours des trois dernières décennies, a enregistré une croissance économique soutenue et a accompli d’immenses progrès sur la voie de la réalisation des objectifs de développement durable. En effet , elle a une économie dynamique reposant sur le tourisme, les exportations ( notamment avec Haïti, les USA) et la construction, malgré le fait qu’elle soit le deuxième pays le plus vulnérable face aux phénomènes météorologiques, tels que les ouragans, les tempêtes tropicales et les sécheresses, et les séismes. Selon la Banque Mondiale, son Produit Intérieur Brut (PIB) est estimé en 2024, à 124,28 milliards de $ US courants, avec un taux de croissance de 5,0 % annuel et un PIB/habitants de 10 875,7 $ US courants. Le taux de chômage est de 5,1% de la population totale, et un taux d’inflation de 3,3 % annuel en 2024.

● Situation politique ; 

La République dominicaine est une république présidentielle, de ce fait, le président est chef de l’État et chef du gouvernement. Ce dernier est élu au cours des élections et son mandat dure 4 ans. Actuellement, le président Luis Abinader en est à son deuxième mandat en étant réélu en 2024.

Comparison d’un point de vue économique ;

Dans la théorie économique, la croissance économique d’un pays découle de trois facteurs que sont : le capital, le travail et le progrès technique. Le capital peut être associé à l’accumulation du capital, autrement dit, l’investissement ou la Formation Brute de Capital Fixe qui se définit comme un flux permettant d’accroître ou de renouveler un stock de capital, c’est-à-dire une augmentation des stocks de moyen de production, de développer les infrastructures, l’acquisition de connaissances ainsi que la formation des hommes. Le travail peut être associé à la main-d’œuvre qu’un pays dispose pour produire. Néanmoins, selon Malthus, une croissance démographique trop rapide peut être un frein à la croissance. 

● Évolution du PIB ;

Le Produit Intérieur Brut(PIB) est l’indicateur le plus retenu pour évaluer la production de biens et services d’un pays pendant une année. Il illustre l’importance de l’activité économique d’un pays. Il mesure la valeur totale de tous les biens et services finaux produits dans une économie sur une période donnée. Il est utilisé pour évaluer la taille, la dynamique et la performance économique d’un pays. À cet effet, le graphique 1 montre que sur la période 1990-2024, le PIB de la République Dominicaine ne cesse de croître en dépit de quelques fluctuations causés principalement par des chocs tels que les catastrophes naturelles, la pandémie ( le PIB à baisser en 2020 passant de 233,69 milliards $ PPA internationaux constant de 2011 à 215,16 milliards). Cette dynamique du PIB peut s’expliquer par une diversification de l’économie reposant sur le tourisme, la construction, une intégration progressive sur le marché international notamment les relations avec les États-Unis. Le pays est passé d’un PIB estimé à 52,4 milliards $ PPA internationaux constant de 2011 en 1990 à 276,89 milliards en 2024. La République d’Haïti quant à elle connait une baisse de la valeur du PIB depuis plusieurs années, le pays est en route vers sa 7ème année de récession économique. L’année 2024 marque une contraction économique avec un taux de croissance de – 4,2 % annuel selon les données de la Banque mondiale. Cela peut s’expliquer par l’instabilité politique notamment avec l’assassinat du Président Jovenel Moïse, la situation sécuritaire qui est alarmante, la faiblesse des institutions ainsi qu’une dépendance accrue des importations. 

Graphique 1 : Produit Intérieur Brut ( $ PPA international constant 2011)

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Les investissements ;
Les investissements désigne un flux permettant d’accroître ou de renouveler un stock de capital. Il s’agit pour une entreprise ou un pays, d’augmenter le stock des moyens de production. Les investissements ont des effets à court terme et à long terme sur la croissance économique. En effet, dans le cadre des investissements dans le capital physique, cela permet d’augmenter l’offre de biens et services, ce qui peut favoriser la croissance du PIB. Les investissements en termes d’amélioration de la qualité des produits offerts favorisent l’augmentation des parts de marché et ainsi augmenter la production. De plus, l’investissement est en étroite relation avec le progrès technologique dans la mesure où les investissements en recherche et développement peuvent favoriser l’innovation, l’amélioration de la productivité et ainsi améliorer la croissance du PIB. D’autres part, l’investissement agit également sur la demande en impactant la demande de biens de consommation de la part des ménages. Dans le cadre de notre analyse, nous avons retenu la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) comme indicateur pour montrer l’importance des investissements dans le PIB de la République Dominicaine et la République d’Haïti. À cet effet, compte tenu de la disponibilité de données, notre comparaison débute à partir des années 2000. Ainsi, le graphique 2. nous montre qu’il existe de grandes différences entre la valeur de la FBCF en République Dominicaine par rapport à celle d’Haïti. En effet, sous la période allant de 2000 à 2024, la plus grande valeur du FBCF atteint pour Haïti est estimé à 3.78 milliards $ US courant en 2021, alors que sous la même période, la plus haute valeur pour la France a été de 34,9 milliards $ US courants soit presque 10 fois celle d’Haïti ; une différence très flagrante entre ces deux pays. En termes de pourcentage du PIB, les deux pays présentent également des différences fortes, car, depuis 1990 le pourcentage dans le PIB croît autour des 20% et en 2024, la FBCF représentait environ 26,1 % du PIB. À l’inverse, pour Haïti, la FBCF ne fait que diminuer en termes de pourcentage du PIB, et ne représente en 2024 que 9,9 % du PIB. Donc, dans l’ensemble, les deux pays présentent des niveaux très différents en termes de FBCF, car la République Dominicaine investit grandement dans les investissements  notamment dans les secteurs manufacturier et touristique contrairement à Haïti.

Graphique 2 : Formation Brute de Capital Fixe ($ US Courant)

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Les investissements directs étrangers ;
Les investissements directs étrangers (IDE) représentent tant pour les pays d’origine que pour les pays d’accueil, un avantage en favorisant la croissance, le développement et aussi la création d’emploi. Il permet également un transfert de connaissances ainsi qu’une amélioration de la technologie. Des travaux empiriques ont montré l’importance des investissements directs étrangers sur la croissance des pays. En effet, De Gregorio(1992) a montré que les IDE peuvent avoir un impact positif sur la croissance économique, à partir des données sur 12 pays de l’Amérique latine, sur la période 1950-1985. L’étude de Soltani Hassen et Ochi Anis (2012) ont, à partir des données en série temporelle allant de 1976 à 2009, pour la Tunisie, suggère que l’effet de l’IDE est significativement positif sur le capital humain et le développement financier qui sont des moteurs de croissance économique. A cet effet, le graphique comparatif du montant des IDE entre le pays d’Haïti et la République Dominicaine montre que cette dernière attire de nombreux investissements étrangers, ce qui contribue à la modernisation de son économie, à la création d’emplois, et à l’augmentation de son PIB. Haïti, quant à elle, attire peu d’IDE en raison de son instabilité et des risques élevés. Ce manque d’investissement étranger limite l’accès aux capitaux nécessaires au développement économique. Pourtant des IDE élevés apportent des capitaux et des technologies, boostant ainsi le PIB et les revenus. En ce sens, le graphique ci-dessous montre que la République Dominicaine a su profiter des entrées des investissements directs de l’étranger avec un solde nets positifs sur presque l’ensemble de la période 1990-2024, atteignant plus de 4 milliards de $ US courant (2022-2024). À l’inverse, sur cette période, Haïti à obtenu des soldes nets négatifs (1991-1994), ce qui indique que les investissements directs étrangers effectués par Haïti dans le reste du monde sont supérieurs à ceux destinés à Haïti en provenance des autres pays. Cela peut s’expliquer par les troubles socio-politiques qui créent un environnement macroéconomique instable pour les étrangers. Le plus haut d’IDE atteint par Haïti s’élève à environ 0.3 milliards $ US courant en 2017; un chiffre qui ne fait que décroître depuis, s’élevant à environ 20 millions $ US courant en 2024. De ce fait, Haïti n’a pas su bénéficier des apports des IDE en termes de technologies ainsi que l’apport en capitaux. En 2024, les entrées nettes d’IDE représentaient environ 3,6 % du PIB de la République Dominicaine alors qu’il ne représente que 0,1 % du PIB.

Graphique 3 : Investissements directs étrangers – entrées nettes ( $ US courant)

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Dépense publique ;
Lorsque nous parlons des dépenses publiques, cela fait allusion à l’ensemble des dépenses des administrations publiques, définis comme des unités institutionnelles assurant une production non marchande. Néanmoins, dans le cadre d’une analyse économique, c’est un indicateur soumis à certaines limites. En effet, il agrège des dépenses relevant d’approche concurrentes de calcul du PIB, en prenant en compte les dépenses de fonctionnement , d’investissement, de transferts sociaux, qui pourtant n’aspire pas à la même finalité. De plus, les dépenses publiques ont des frontières qui varient selon les pays. Les dépenses publiques présentent une relation double sens avec la croissance économique. D’une part, la hausse des dépenses publiques induit une hausse de l’activité économique. D’autre part, une accélération de la croissance. Induit une hausse des dépenses publiques. Le débat sur les effets des dépenses publiques sur la croissance économique évoque un double sens. En effet, les dépenses publiques sont dans une large part alimenté par les impôts et taxes, ainsi l’augmentation des dépenses publiques a partir d’investissement dans des biens publics peut favoriser la croissances mais pour ce faire l’augmentation des taxes peut avoir des effets négatifs sur la croissance en réduisant la consommation des ménages. Les travaux de Devarajan et al. (1996) expriment une relation positive entre la croissance et les dépenses publiques. A l’inverse, les travaux de Ghura et Hadjimichael (1996) soutiennent une relation négative entre les dep.pub et le taux de croissance du PIB/tête. Ainsi, dans le cadre de notre analyse, nous considérons la consommation finale des APU. A cet effet, une analyse des consommations finales de l’administration publique entre les deux pays nous montre que la République Dominicaine a effectué beaucoup de dépenses publiques sur la période allant de 1990 à 2024. Selon la Banque Mondiale, les dépenses publiques représentent environ 11,5 % du PIB, ce qui traduisent l’importance de ces derniers dans le PIB dominicaine. En $ US courant, les dépenses publiques dominicaines sont passées de 0,2 millions de $ US courant à environ 14,3 milliards $ US courant. À l’inverse, Haïti à effectué de faibles dépenses publiques. En 2024, elle est estimée à 5,7 % du PIB, selon les données de la Banque mondiale. Le plus haut niveau de dépenses atteint 1,56 milliards $ US courant et est estimé à 1,43 milliards $ US courant en 2024, soit 10 fois moins que celle de la République Dominicaine sur la même année.Les différences entre les 2 pays peuvent expliquer le manque d’infrastructures publiques observé en Haïti. De ce fait, Haïti n’a pas pu profiter des effets positifs des dépenses publiques sur la croissance économique.

Graphique 4 : Dépenses de consommation finale des APU ( $ US courant)

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Par ailleurs, outre les variables économiques, d’autres facteurs non économiques ont des incidences sur la croissance économique. C’est le cas des données socio-culturelles, le régime politique, la stabilité politique etc. En effet, Les institutions qu’il soit de nature et social politiques et j’ai dit un rôle déterminant de la croissance économique des pays. C’est le cas de la banque centrale qui réglemente le marché interbancaire ou encore de l’État qui joue un rôle essentiel de la bonne HD institutions et dans la redistribution des revenus. Le rôle des institutions dans la conscience économique et décrit dans les phrases de Douglas North : “  Les institutions sont les contraintes humaines qui structurent les interactions politiques, économiques et sociales. Elles consistent à la fois en des contraintes informelles (sanctions, tabous, coutumes, traditions et codes de conduite), et de règles formelles (constitutions, lois, droits de propriété). À travers l’histoire, les institutions ont été conçues par les êtres humains pour créer un ordre et réduire l’incertitude dans les échanges. Avec les contraintes habituelles de l’économie, elles définissent l’ensemble des choix possibles et, ainsi, elles déterminent les coûts de transaction et de production, donc la profitabilité et la faisabilité de l’entrée dans l’activité économique. Elles évoluent par incrémentation, reliant le passé avec le présent et le futur. En conséquence, l’histoire est largement une histoire de l’évolution institutionnelle dans laquelle les performances historiques des économies ne peuvent être comprises que comme parties d’une histoire séquentielle. Les institutions fournissent la structure des incitations d’une économie. Au fur et à mesure que cette structure évolue, elle détermine l’orientation du changement économique vers la croissance, la stagnation ou le déclin”.

 

L’instabilité politique peut avoir des effets sur la croissance économique. En effet, Baro (1991), Ghura et Hadjimichael (1996) ont conclu qu’un environnement politique instable à des effets négatifs sur la croissance économique des pays. Elle peut générer des migrations, d’où une fuite de main d’œuvre qualifiée, entrave le bon fonctionnement des institutions et d’autres infrastructures nécessaires à la production et les échanges. De plus, les travaux empiriques sur les relations entre l’éducation et la croissance ont montré qu’en générale l’éducation est un moteur de croissance économique et aussi du développement. En effet, les travaux de Hanushek et Kikmo (2000) sur les tests internationaux de connaissance révèlent que la main d’œuvre est reliée à la croissance économique notamment dans sa qualité, qui est générée par la qualité de l’éducation. A la suite de Hanushek et Kikmo, Wösmann (2002) soutient que les différences de quantité que capital humain expliquent plus de la moitié des différences des revenus par tête entre pays en voie de développement et pratiquement la totalité des différences pour les pays de l’OCDE. Plus récemment, Billion, Crespo et Lera-lopez(2017) en analysant l’inégalité en matière d’éducation sur un échantillon de pays développement et de pays en développement montre que les inégalités en matière d’éducation ont un effet négatif sur la croissance économique. Néanmoins, il convient de solliciter que bien positif, toutefois, cela dépend de la façon dont cette main d’œuvre qualifiée doit être utilisée dans des activités génératrices de revenus. D’où la nécessité de mettre en place des réformes et politique gouvernementale pour améliorer la qualité de l’éducation.

 

En somme, de nombreux travaux ont été consacrés pour tenter d’expliquer les différences de revenus entre les pays. Le modèle de Solow soutient que les différences de revenus entre les pays riches et les pays pauvres peuvent s’expliquer par les différents entre les taux d’épargne et dans le taux de croissance de la population. À cet effet, compte tenu des observations entre les deux pays, nous pouvons dire que les différences de revenus entre la République Dominicaine et Haïti s’explique par le fait que la République dominicaine, grâce à un environnement macroéconomique stable, à su effectuer des investissements privés comme le montre les différences entre la Formation Brute de Capital Fixe, par rapport à Haïti. De plus, le pays à su tirer profit de ses échanges avec le reste du monde contrairement à Haïti, qui est particulièrement dépendant des ses importations. Avec une croissance démographique contrôlée en République Dominicaine, des institutions fortes et des investissements en matière d’éducation, une inflation contrôlée, un environnement stable favorable aux investissements directs étrangers, les effets sur la croissance ne peuvent être positifs par rapport à Haïti où des troubles socio-politiques persistante empêche le bon fonctionnement des institutions.

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